Poésie masquée

Chaque année, les marques de Beauté sont nombreuses à proposer des éditions « spéciales fêtes », spécialement créées pour l’événement ou simplement relookées. Pour Shu Uemura, les fêtes de la fin d’année 2011 se placent sous le signe de la célébration. La marque opte ainsi pour un univers tout en strass et paillettes, et où tout est amplifié (les cils, les ongles, les voilages d’une robe). On y célèbre la beauté mais aussi la passion et la sérénité.
Pour concevoir le spot publicitaire de la collection, la marque nippone a fait appel à Wong Kar-Wai, le réalisateur HongKongais à qui l’on doit In the mood for love ou encore My Blueberry nights. Pour ce court-métrage, le cinéaste s’inspire d’un poème du romancier allemand Charles BukowskiBrûler dans l’eau, se noyer dans les flammes.

Un film en deux teintes

D’une part, le choix d’un tel poème et donc d’un tel paradoxe, en dit long sur le positionnement qu’a choisi Wong Kar-Wai pour mettre en scène la marque. D’autre part, cette gamme spéciale fêtes propose des produits conçus autour de deux couleurs, et s’intitule sobrement Rouge et Bleu. Le choix de teintes opposées est éminemment révélateur du message que souhaite transmettre la marque. On comprend alors que l’association Shu Uemura – Wong Kar-Wai est porteuse d’un travail, d’une réflexion sur l’harmonie des deux extrêmes.


Le spot dévoile une ombre, puis une femme qui évolue dans des ambiances successivement chaudes et dorées, puis froides et sombres. Le personnage oscille constamment entre les deux univers et les transitions sont ponctuées de véritables explosions de couleurs : rouge, jaune, puis bleu. Pour passer du rouge au bleu, il est nécessaire de côtoyer le jaune. En d’autres termes, passer d’un extrême à l’autre est possible, il suffit de savoir chevaucher le point d’équilibre. Cette mise en lumière du poème Brûler dans l’eau,[…] illustre ainsi toute la contradiction et à la fois l’accord de la passion et du calme.

Le masque est quant à lui un élément clef du visuel. Et pour cause, Wong Kar-Wai lui donne le rôle essentiel de titre. Symboliquement, le masque a une connotation universelle du travestissement et du déguisement. Or, il est aussi l’accessoire de toutes les possibilités, de toutes les imaginations et donc de toutes les libertés. Le masque rend possible et englobe l’univers onirique du film. Egalement, les parties du corps qui sont montrées (cils, yeux, lèvres, ongles) ne sont pas seulement maquillées. Elles sont mises en scènes. En ce sens, c’est un esprit très « spectacle » qui se dégage de cette poésie sensuelle du corps et des textures.

Dans ce court-métrage à la signature Beauté se distingue tout de même un clin d’oeil Cinéma à l’oeuvre du réalisateur. Le rouge fait écho à la passion des liaisons amoureuses d’In the mood for love, alors que le bleu rappelle les tartes aux myrtilles savourées par Norah Jones dans My Blueberry nights. Le tout est enveloppé d’une musique calme, envoûtante, intense, aux sonorités dignes d’un morceau de Portishead… groupe par ailleurs fréquemment à l’honneur dans les films de Wong Kar-Wai.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s