Montrer ce qui doit être corrigé.

Child Labor – Mill Girl, 1920’s  Lewis Hine

A la frontière entre l’art et le documentaire, les photographies de Lewis Hine avaient pour seul objectif de « montrer ce qui devait être corrigé, ce qui devait être apprécié ».

Equipé d’une chambre photographique en bois, cet américain sociologue de formation initie son activité de photographe à Ellis Island.
Braquant son objectif sur la porte d’entrée de l’Amérique, Hine souhaite montrer que les immigrants qui arrivent par vagues sont avant tout des êtres dignes, à la recherche d’une terre meilleure. Il réalise alors une large série de portraits de familles, de femmes, d’hommes et d’enfants venus de toute l’Europe, avec un regard à la fois inquiet et plein d’espoir.
Certains de ses portraits semblent par ailleurs inspirés de tableaux, à l’image de cette « madonne des taudis », digne d’un Raphaël ou d’un Boticcelli.

Dès 1908, persuadé que le système capitaliste abuse et exploite les enfants, il s’engage aux côtés du National Child Labor Commitee (NCLC), qui lutte pour promouvoir « les droits, la dignité, le bien-être et l’éducation des enfants et des jeunes dans leurs rapports au travail ou à toute activité laborieuse ». Il en deviendra par la suite le photographe attitré.
En parallèle, il entreprend un travail photographique sur le thème des hommes au travail (modestement intitulé Men at work). Ses travaux sont clairement engagés et Hine se sent plus proche de la dénonciation que de la valorisation artistique. C’est pourquoi, plutôt que de chercher à créer des effets de lumière ou de clair-obscur – qui selon lui, brouillent le message -, il concentre ses efforts sur des images « directes », dont la lumière souvent très crue ne trompe pas. Ainsi, son appareil photographique était un véritable outil social qui l’aidait à révéler au grand jour les injustices et les conditions de travail imposées par la production industrielle. Pour aller encore plus loin dans sa volonté de dénoncer, il faisait parfois usage de la composition, et plaçait minutieusement les hommes, les objets face à son objectif. Il voulait des images « plus réelles que la réalité elle-même », disait-il.

Men at work – Power house mechanic working on steam pump, 1920’s Lewis Hine

Au début de l’année 1930, le photographe s’intéresse à d’autres hommes au travail : les sky boys (ou garçons du ciel), alors que la construction du plus grand gratte-ciel de New York, l’Empire State Building, vient de commencer. Suspendus à des cordes, accrochés à la ferraille, assis dans le vide,… les ouvriers qui travaillaient sur ce chantier étaient de véritables funambules. Avec ses clichés des travaux, Hine renoue un peu avec la dimension artistique de la photographie, mais sans pour autant négliger leur rôle de témoignage : ces travailleurs sont dans des conditions extrêmes, constamment en proie au vide et au danger. En somme, il montrait le courage, la force – voire même l’héroïsme, selon ses termes – de ces bâtisseurs, beaucoup plus qu’il ne suivait l’évolution du mythique building.

En pleine ère progressiste américaine, et alors que le journalisme d’investigation était en plein essor, la photographie dite sociale jouait un rôle primordial dans la mise en lumière de la vérité ouvrière. Lewis Hine se positionnait comme un véritable combattant pour la justice sociale et s’attelait à pointer et à montrer les conditions de travail et de vie dans le New York insalubre du début du 20ème siècle. Le fait qu’il se soit senti profondément concerné par ces causes confère à l’ensemble de son oeuvre un grand humanisme. Et, puisque sa démarche n’était pas de « faire de l’art », ses photos n’en sont que plus justes, plus belles.

L’exposition Lewis Hine à la Fondation Henri Cartier-Bresson, jusqu’au 18 décembre 2011.

2 réflexions sur “Montrer ce qui doit être corrigé.

    • Je suis bien d’accord. On pourrait même dire qu’ils s’inscrivent dans la lignée des grands constructeurs de l’Histoire, après les pyramides, les cathédrales… les buildings.

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