Eternelles baigneuses

Photo extraite d’un catalogue The Body Shop  /  La Grande Baigneuse (Valpinçon) Ingres, 1808


Lignes harmonieuses, lumière délicate, drapés somptueux…
Autant de détails travaillés par
Jean-Auguste-Dominique Ingres dans la peinture de ce célèbre dos de femme nu. Cette vision d’une féminité subtilement suggérée était chère au peintre, à tel point qu’il la réutilisa dans plusieurs de ses toiles (notamment Le Bain Turc, ou La Petite Baigneuse).

Bien que le modèle tourne prudemment le dos au spectateur, la scène est on ne peut plus sensuelle.
Le rideau semble tout juste avoir dévoilé ce corps, nu, prêt à prendre un bain. Le drapé vert délicatement plissé fait écho aux courbes de la Baigneuse, et met en valeur ses formes, créant ainsi une sorte d’ondulation. Dans cette scène pourtant immobile et sans autre mouvement que celui de l’eau qui s’écoule, il règne une certaine dynamique.
Cet effet est probablement produit par les différentes textures juxtaposées dans le tableau : le rideau vert, à la fois fluide et épais ; les draps du lit, dont on imagine aisément la douceur et le moelleux ; le turban orientalisant, qui enveloppe et drape la chevelure ; et enfin la peau de la Baigneuse, aux tons aussi laiteux qu’ambrés.
Toutes ces matières s’harmonisent et confèrent à la toile un mouvement sinueux, fluide et calme. Une manière d’exprimer cette sensualité très chaste et respectueuse de l’intimité de la femme.

Bien avant de peindre la Grande Baigneuse, d’autres toiles ont inspiré Ingres, et le bain n’était pas nécessairement au coeur de la scène représentée.

Détail de la fresque Mariage de Eros & Psyché, Raphaël (1513)  /  Le Coucher à l’italienne, Jacob Van Loo (17ème siècle) : les toiles inspirantes.

En pleine Renaissance italienne, le peintre Raphaël fut chargé de la décoration de la Villa Farnesina à Rome. Les fresques reprennent – entre autres – le mythe du Triomphe de Galathée, et celui du Mariage de Eros et Psyché. Dans ce dernier, un détail attira l’oeil d’Ingres : les trois Grâces, personnifications de la beauté, de la séduction, de la nature et de la fécondité. Il s’imprégna du style de posture de l’une des Grâces, de dos, et donna au dos de sa Baigneuse quelques traits pour détailler ses omoplates, sa taille, son bassin.
La scène du
Coucher à l’italienne de Jacob Van Loo est quant à elle révélatrice de l’effet « instant capturé », presque photographié, que l’on trouve chez Ingres. Une femme est observée (surprise?) dans sa plus stricte intimité : elle s’apprête à revêtir ses habits de nuit avant d’aller se coucher. Ici encore, les ombres dessinées par le peintre définissent précisément les courbes, les muscles et les formes de la jeune femme. Celle-ci regarde tendrement le spectateur (contrairement à la Baigneuse d’Ingres dont la tête est tournée), et semble plutôt sereine face à cette soudaine interruption dans sa chambre.

Au fil des siècles qui ont suivi, La Baigneuse Valpinçon – et avec elle la nudité du corps de la femme – a inspiré de nombreux artistes tels que Edgar Degas, Gustave Courbet ou encore Auguste Renoir. Ces derniers comptent tous une ou plusieurs Baigneuse(s) parmi leur oeuvre. 

Galel, Armand Cambon, cousin d’Ingres (1864)  /  Baigneuse assise s’essuyant, Edgar Degas (fin 19ème siècle) : les toiles inspirées.

Finalement, lorsque l’on découvre, au détour d’un catalogue promotionnel d’une marque de Beauté, ce corps de femme nu qui nous tourne le dos, on le range presque naturellement dans la grande et riche lignée des Baigneuses. Les plus grands artistes les ont représentées, peintes, dessinées, dans de véritables oeuvres-hommages sublimant la beauté du corps féminin, enveloppé par ses plus simples atouts, ses formes. 

3 réflexions sur “Eternelles baigneuses

  1. Ces baigneuses font l’apologie du corps de la femme tel qu’il est vraiment, contrairement aux défilés de haute couture qui s’obstinent à nous montrer des femmes maigres. Bravo pour cette observation qui nous réconcilie avec nous même !

  2. Pingback: Joyeux 1 an ! |

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