Influence #2 Eternel retour

Entre le cultissime film de Michael Curtiz et celui, plus discret, de Baz Luhrmann, il s’est écoulé 66 ans. Bien qu’à tout point de vue ces films sont loin d’être comparables, leurs affiches présentent des similitudes flagrantes.

A gauche, l’affiche du film Casablanca, sorti en 1942.
Le centre de l’image est très lumineux. Un peu comme surexposé. Pourtant, les yeux semblent d’avantage attirés vers les personnages en haut. Le couple Bergman – Bogart est éclairé dans des tons sépia, comme inondé de la lumière déclinante du soleil marocain. Des couleurs chaudes, ocres et orangées qui encadrent cette étreinte romantique mais qui suggèrent également le caractère plus grave de la situation. Et pour cause, ce soleil qui s’en va symbolise le déclin, l’obscurité qui guette les personnages dans le film.
Cette même idée de « gravité » de la situation est profondément retranscrite dans leurs yeux. Les deux personnages se regardent, sans sourire, et semblent conscient du destin qui les attend. Cette tendresse nostalgique audacieusement mise en oeuvre n’est cependant pas aussi évidente à déceler dans l’autre affiche.

A droite, l’affiche du film Australia, sorti en 2008.
Le centre de l’image est également très lumineux : le personnage aborigène semble encerclé d’une aura de lumière. Ce halo dirige automatiquement le regard sur le chemisier de Nicole Kidman, puis sur elle, puis sur le couple qu’elle forme avec Hugh Jackman. Le soleil ne paraît pas ici sur le déclin mais plutôt voilé, comme obstrué. Les nuages eux-mêmes semblent recouverts de sable et font écho à la couleur du sol. L’atmosphère ainsi créée est oppressante, étouffante. Et les personnages ont l’air d’en souffrir. On les sent presque pris au piège. Ils ont tous les deux les yeux fermés, et la bouche ouverte, comme s’ils cherchaient de l’aide et de l’air pour affronter la situation tragique qui leur arrive. Contrairement à l’image de Casablanca, le postulat de départ est déjà plus funeste : il est en train de se passer quelque chose de grave, d’inévitable.

Pourtant, dans chacune des deux affiches, la disposition des personnages et des éléments semble évoquer une même idée, un même schéma : le mythe de l’éternel retour.
D’après C.G. Jung, psychiatre et psychologue « dauphin » de S. Freud, il existe des archétypes (littéralement des vieux moules) dans l’inconscient collectif de l’humanité. Après avoir étudié les mythes et légendes du monde entier et de toutes époques, il note que certaines situations sont malgré tout communes aux différentes cultures. Le mythe de l’éternel retour considère la Nature – et donc l’homme – comme un cycle. Un cycle qui se renouvelle en permanence (cycle de la vie, cycle de l’eau…).

Nos deux affiches sont précisément construites sur ce modèle de l’éternel retour : l’oeil oscille d’un personnage à l’autre en passant par un troisième élément au centre de l’image. Ainsi, le chemin parcouru par le regard forme un cercle. L’affiche du film L’Eternel Retour ci-contre, date de 1943 et semble littéralement incarner cette dynamique concentrique. Des cercles sont même suggérés à la façon d’une onde qui se propage dans l’eau. Ce film de Jean Delannoy reprend la légende de Tristan et Iseult qui, quelque soit la fatalité de leur destin, seront toujours amenés à se retrouver.

Une réflexion sur “Influence #2 Eternel retour

  1. J’aime vraiment ta façon d’exprimer simplement des choses qui me sont étrangères bien que faisant parties de l’inconscient collectif ! Et quelle perspicacité de rapprocher ainsi 2 affiches de film ! BRAVO !

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